Bientôt la fin des cloches?

Coup de tonnerre dans le monde paysan. Les cloches des vaches, véritable condensé de «suissitude», pourraient bien disparaître des alpages du pays. Pour le bien des bovins. C’est du moins ce qui se produirait si la Confédération suivait les conclusions d’une thèse de doctorat menée par deux chercheurs de la très sérieuse EPFZ, rendues publiques dans la «Schweiz am Sonntag».

Trop bruyantes et trop lourdes

L’expérience, menée sur plus de 100 vaches dans 25 fermes du pays, établit que leurs cloches créent un niveau sonore comparable au bruit d’un marteau-piqueur ou d’une tronçonneuse: 100 à 113 décibels. Soit bien au-delà de la limite légale de 85 décibels, préconisée par la Suva. Ce d’autant que l’oreille bovine est plus sensible que l’ouïe humaine. A croire les ingénieurs agronomes, il n’est ainsi pas exclu que les vaches du pays soient déjà sourdes par milliers, dès lors que le bétail ne fait pas prioritairement usage de l’ouïe pour communiquer.

Autre nuisance mesurée: le poids de la cloche aurait un impact sur le comportement alimentaire du bétail, qui ruminerait deux heures de moins par jour. «Il n’y avait pas besoin de longues recherches universitaires pour se rendre compte que les cloches ne sont pas bénéfiques pour les vaches», réagit Lolita Morena, membre du comité de la Protection suisse des animaux. L’ex-Miss Suisse estime que les sonnailles devraient être retirées, contrairement aux cornes des bovins. «Ma foi les paysans mettront un peu plus de temps pour récupérer leurs vaches par mauvais temps, à la manière des moutonniers. C’est un travail difficile, payé par le peuple, mais ils l’ont choisi.»

Des GPS pour localiser le bétail?

Pour pallier le rôle «localisateur» des cloches, les deux scientifiques zurichois proposent d’apposer des GPS sur leur bétail. Et tant pis si la réception satellite est nulle par endroits. «Ce n’est pas très sérieux», estime le directeur de l’Union suisse des paysans Jacques Bourgeois, ingénieur agronome de formation. «Ces chercheurs sont complètement à côté de la cible, à se demander s’ils sont déjà montés dans un alpage, en dehors de leur étude en laboratoire.» Car celui qui est aussi conseiller national (PLR/FR) est catégorique: les cloches de pâturage sont beaucoup moins lourdes que les toupins de 5,5 kg utilisés par les deux doctorants pour leur expérience. «Ce n’est qu’un jour par an que les vaches se mettent sur leur 31», rappelle le Fribourgeois. «Cela fait partie de notre culture, de nos traditions, et contribue à la beauté de nos alpages.»

Des alpages sans cloche, un scénario qui n’est pas inconcevable pour Suisse Tourisme. «Ce serait la fin d’un mythe, d’une image de la Suisse», concède sa porte-parole Véronique Kanel. «Mais nos montagnes ont encore d’autres attraits, comme le silence. C’est aussi ce que viennent chercher les gens en altitude.» Du côté de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires enfin, on dit examiner «avec intérêt les nouvelles données», en précisant qu’«aucune étude n’avait examiné jusqu’à présent de manière systématique et sérieuse les effets possibles des cloches sur le bien-être des vaches.» (Le Matin)

des cloches dans la montagne

Des cloches dans la montagne